Nos aventures néo-zélandaises se poursuivent avec notre dernière étape sur l’île du nord, le Tongariro National Park, réputé pour ses nombreuses randonnées, mais surtout pour deux en particulier : le Tongariro Northern Track, une des 9 great walks, et le Tongariro Alpine Crossing, réputée comme étant la plus belle randonnée d’une journée du pays. En avant, marche !

Tongariro National Park

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Le Tongariro National Park est le plus ancien parc national de Nouvelle-Zélande, et le 4ème parc national de l’histoire. Il fait partie des 28 World Heritage Sites de l’UNESCO. Le parc s’étend autour de 3 volcans actifs, le Mount Ruapehu, Mount Ngauruhoe, et Mount Tongariro, dont les dernières éruptions eurent lieu respectivement en 2007, 1974 et 2012. Le Ruapehu est considéré comme l’un des volcans les plus actifs de la planète, avec plus de 60 éruptions mineures depuis 1945. Les éruptions majeures ont lieu plus ou moins tous les 50 ans.

Tongariro Alpine Crossing

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Il s’agit de la randonnée d’une journée la plus populaire de Nouvelle-Zélande. Originellement appelée Tongariro Crossing, elle a été renommée il y a quelques années en Alpine, en raison de sa difficulté et du nombre important de touristes non équipés ou mal préparés qu’il a fallu secourir. En effet, les conditions sont extrêmes en altitude, et le temps change rapidement, pouvant passer d’un grand soleil à des chutes de neige en quelques dizaines de minutes.

C’est précisément ici qu’ont été tournées les séquences du Mordor de Lord of the Rings ; le mont Ngauruhoe a été utilisé pour représenter le Mount Doom (la montagne du destin), où les hobbits doivent se rendre pour détruire l’anneau, et le plateau du Tongariro pour représenter les plaines du Mordor où les armées de Sauron se réunissent avant l’assaut final.

Une météo capricieuse

Après un trajet relativement court, nous voici débarqués au National Park Village, un tout petit village situé au cœur du parc. Quand je dis petit, c’est petit : il y a un seul magasin où faire ses courses, situé dans la station essence, le « centre » de la ville, et hormis quelques backpackers et un café / brasserie, il n’y a absolument rien, ce qui renforce cette impression d’être au bout du monde 🙂

Nous demandons d’emblée à la réception comment sont les conditions météo, et à priori, elles seront suffisamment bonnes les deux prochains jours pour faire le crossing, excepté les rafales de vents à 60km/h en altitude, ainsi que la température (-10°). Comme les conditions changent très vite, la réceptionniste nous demande de vérifier à 7h du matin si les conditions sont toujours favorables.

Comme Ingrid n’est pas entièrement en confiance vu la difficulté de la randonnée (grade avancé, par comparaison, le mont Batur est considéré comme facile), j’appelle un guide pour voir s’il serait disponible le lendemain. Le guide me répond alors qu’il n’y a pas besoin, que la neige et la glace ont disparu du track et qu’il est maintenant possible de le faire sans aide. Bonne nouvelle pour nous, une économie de 500 $NZ !

Life begins at the end of your comfort zone

Le lendemain matin, les conditions sont toujours bonnes ; la randonnée peut donc avoir lieu. Nous montons dans la navette, et après 40 min de trajet, nous arrivons au point de départ. Après quelques explications et avertissements du chauffeur, nous démarrons la randonnée. Le ciel est complètement bouché, et une brume opaque traine dans le fond de la vallée, ce qui n’augure pas forcément du bon pour les photos, ni pour les conditions.

Après la première heure de marche au milieu de champs de roches volcaniques, nous atteignons Soda Springs, les cascades. C’est l’occasion du dernier arrêt toilettes, car à partir de ce point-là, les prochaines sont à 4h de marche, de l’autre côté des volcans. Nous reprenons la route, et attaquons la prochaine étape, appelée Devil’s staircase (les escaliers du diable).

 

Nous grimpons de plus en plus, et il fait de plus en plus froid, ce qui nous oblige à ne pas nous attarder. Nous faisons l’ascension des escaliers d’une traite, pendant 1h. C’est long, des marches pendant 1h. Alors, une fois arrivé au-dessus, nous faisons une courte pause sur le plateau. Nous sommes censés voir les volcans d’ici, mais la visibilité est nulle, et le plateau est entièrement recouvert de neige et de glace. Malgré tout, c’est magnifique, bucolique. Les herbes cristallisées côtoient les roches enneigées, et le silence est roi. Indescriptible. Magique.

Nous continuons donc l’avancée dans la brume, le vent et la neige fondante. Ce n’est pas spécialement difficile, surtout avec nos bâtons, et nous arrivons assez vite au pied du Red Crater (le cratère rouge), la partie la plus difficile, car extrêmement raide et glissante, à flanc de volcan.

Nous commençons l’ascension, et nous comprenons ce que la réceptionniste nous a dit la veille. You’ll have a strong gale – you’ll know when you get there (vous allez avoir une bourrasque, vous le saurez quand vous y serez). En effet, une fois à découvert, on se sent poussé par le vent. Ce vent, polaire, souffle à 60 / 70 km/h, prêt à pousser les imprudents dans le vide. Il faut faire attention pour ne pas se faire chasser, et par moment, nous sommes obligés de nous accroupir pour ne pas nous retrouver en bas.

L’ascension est loin d’être une partie de plaisir : qui dit cratère, dit roches volcaniques et gravats, ici recouverts de glace et de neige. Avec les bourrasques qui nous balaient tout le long, nous n’avons pas le choix et devons continuer jusqu’à l’autre versant pour nous y abriter. Après 1h de montée extrême, nous arrivons au sommet du cratère, soulagé que l’ascension soit terminée.

Au sommet, la vue est bouchée, et nous ne voyons qu’à peine les Emerald Lakes, les lacs d’émeraude. La descente à pic, elle, est bien visible, et le puissant vent qui balaie nous oblige à descendre prudemment, en nous accroupissant quand nécessaire pour ne pas basculer. Une fois de plus, les bâtons prouvent leur utilité. Nous arrivons au pied des lacs sans trop d’encombres.

C’est le moment de faire la pause lunch, car c’est le seul endroit plus ou moins à l’abri des bourrasques. Il fait malgré tout très froid, et nous avalons assez vite nos tartines avant que nos doigts ne gèlent. Les -10° se font ressentir, et nous nous apprêtons à nous remettre en route.

C’est à ce moment précis que le dieu volcan décide de nous récompenser de nos efforts. En quelques instants, les énormes rafales de vent s’unissent en un point, et repoussent les nuages pendant une dizaine de minutes, le temps que nous puissions admirer le décor grandiose qui nous est offert sous un soleil réconfortant et protecteur. Un moment magique, très fort, qui restera gravé dans nos mémoires à jamais.

 

Les températures ne sont pas remontées pour autant, et nous reprenons le chemin et traversons l’immense pleine de neige et glace. Nous rattrapons d’autres randonneurs en passant, assez fous que pour être venus en baskets faire l’ascension, et qui paient maintenant le prix de leur effronterie. Ils peinent à marcher sur la plaine enneigée, les pieds annihilés par le froid extrême. Il faut respecter la montagne, jeunes sots …

La marche se poursuit, de plus en plus facile. Nous sommes enfin à l’abri du vent, et la neige disparaît au profit des rochers. Quelques congères subsistent ci et là, mais le track est enfin praticable à son aise. Mais pas vraiment. Nous venons d’entrer dans la zone dangereuse du volcan, qu’il faut traverser au plus vite, car en cas d’éruption, il n’y a aucun abri. C’est donc au pas de course que nous traversons la zone, qui offre des panoramas splendides sur la vallée.

 

Une fois arrivés au refuge, nous regardons nos montres. Il est 13h, ce qui signifie que nous avons une heure d’avance sur l’heure limite à laquelle nous devions l’atteindre. Cela signifie aussi qu’il ne reste plus que 2h à marcher pour rejoindre le point d’arrivée. Après une pause de quelques minutes, nous repartons de plus belle sur le chemin.

Les deux dernières heures de descente sont rudes. La fatigue des jambes, jusqu’ici épargnées, se fait ressentir à chaque marche qu’il faut descendre. Une marche. Deux marches. Dix marches. Mille marches. Nous ne les comptons plus. Mais nous les haïssons. Comme à chaque randonnée, ce sont toujours ces dernières marches qui vous achèvent, et celles-ci ne font pas exception.

Une autre zone dangereuse apparait. Nous devons la parcourir au plus vite. Le dernier effort avant l’arrivée. Portés par la volonté de finir, nous retrouvons un troisième souffle, et nous arrivons au finish. Nous l’avons vaincu, cette randonnée. Et nous pouvons être fiers de nous. Nous avons bien mérité un bon plat chaud ce soir, pour la cause.

 

 

Quelle expérience, quel moment de vie. Certes, nous n’avons pas vu les plaines du Mordor comme nous l’avions espéré, mais nous avons eu mieux que ça. Nous avons eu droit à une expérience inoubliable. Le dépassement de soi, le respect de la nature et de sa force, tous unis pour nous donner une impression d’accomplissement plus forte que tout. La plus belle expérience de ce voyage, assurément. Merci, Tongariro, pour ce magnifique souvenir. Nous ne l’oublierons jamais.

 

 

Bonus : conseils pour faire le trek

Par comparaison, voici la même photo prise le matin de la randonnée, et le jour suivant :

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Inutile de préciser que toutes les randonnées furent annulées. Si vous voulez tenter l’expérience, soyez prêts à consacrer quelques jours sur place, pour ne pas finir déçus comme tous ces backpackers impatients qui n’avaient alloués qu’une seule journée pour le crossing. Pour information, un des trekkers a attendu 9 semaines avant d’avoir les conditions que nous avons eu. C’est dire la chance que nous avons eu !

Autre conseil, entrainez-vous avant. Il faut un minimum de condition physique pour le faire au risque de se retrouver coincé en haut. Pas besoin d’être un champion non plus 🙂 Mais avoir déjà grimpé quelques trucs aide pas mal, surtout avec des chaussures de randonnée. L’entrainement à plat et en baskets ne sert à rien dans ce genre de cas !

Dernier conseil: n’oubliez pas la crème solaire. Même si c’est nuageux, le soleil est bien présent et beaucoup sont revenus rouges comme des homards. Prudence, donc.

Courage, et profitez bien 🙂

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